Fondation à Séoul, en Corée du Sud

| Photo prise peu avant le départ pour la Corée des quatre soeurs missionnaires
- M ..= Mère Mechtilde - MH = Mère Marie Henriette - MM = Mère Marie Madeleine - B ..= Soeur Bernadette |
La communauté d'Aire est nombreuse, trop nombreuse. L'effectif d'un monastère du Carmel ne doit pas dépasser, normalement, 21 soeurs. La communauté commence à penser à une fondation. 1939 : Le pape Pie XI ayant demandé à l'Église un effort missionnaire, la communauté accepte une fondation en Corée, sur la suggestion d'un Père des Missions Étrangère de Paris.
Quatre soeurs auxquelles se joint Soeur Thérèse (de Virton en Belgique) partent pour Séoul dont l'Évêque est alors le gersois Mgr. Larribeau qui deviendra un ami du Carmel d'Aire. 
Elles partent juste avant que la deuxième guerre mondiale ne bloque tout. Encore un contexte de guerre, encore un dernier bateau trouvé in extremis partant vers l'Asie.
Soeur Thérèse ne doit pas en être troublée, elle qui à 17 ans, pendant la première guerre mondiale, s'est engagée dans un réseau d'espionnage en Belgique, pour remplacer ses parents qui venaient d'être pris. Ceci, en dirigeant la maisonnée et le magasin familial comme si de rien n'était... bien sûr ! Cela lui valu la Croix de guerre et la décoration de Chevalier de l'Ordre britannique.
Quant à Mère Mechtilde qui a déjà connu la fuite d'Ypres sous les bombes, puis celle du Carmel de Smyrne en flammes toujours à cause d'une guerre, se doute-t-elle qu'elle vogue encore vers une guerre, vers un ultime et terrible exode au cours duquel, grain semé en terre, elle devra mourir pour que quelques années plus tard, une magnifique moisson se lève. "Que rien ne te trouble, que rien ne t'épouvante, qui a Dieu ne manque de rien" avait écrit sa lointaine Mère du XVIème siècle, Thérèse d'Avila.
..."ne manque de rien" ... en force et paix intérieure mais pas en nécessaire pour subsister !
En effet, là-bas, à l'autre bout du monde, les relations avec l'Occident étant coupées par la guerre de 1940, et le pays étant sous domination japonaise tout manque, tout, sauf le soutien et l'entraide des missionnaires. Mais le dénuement est terrible. On ne mange pas à sa faim tous les jours, les jeunes vocations se présentent et que faire pour nourrir et entretenir toute cette jeunesse ardente mais fragile du point de vue santé ?
Pendant des années il faudra tenir, en espérant des jours meilleurs... Ils viendront, bien sûr... mais il faudra d'abord connaître de plus grandes épreuves encore. L'Église de Corée est très vivante, marquée dès le commencement par le dynamisme exceptionnel de ses fidèles. En effet ce ne sont pas des missionnaires qui introduisirent le christianisme dans le pays mais les coréens eux-mêmes, qui découvrirent le Christ et la foi chrétienne dans des livres arrivés de Pékin on ne sait comment et oubliés depuis longtemps ( dont "le discours véritable sur Dieu" du père Ricci, jésuite qui au XVIIème siècle avait entrepris une véritable inculturation chinoise) Sans apport de l'extérieur, sans prêtre, sans aide aucune (la Corée, pays très fermé interdisait tout élément étranger) ces convertis, très vite nombreux, attendirent héroïquement des dizaines d'années, passant à travers d'effrayantes persécutions, la venue non moins héroïque des prêtres des Missions Étrangères de Paris. Ceux-ci, en se portant volontaires pour entrer clandestinement sur cette terre déjà baignée de sang, savaient qu'ils y mêleraient le leur. Le premier prêtre coréen, André Kim, martyrisé à l'âge de 25 ans, était fils, petit fils et arrière petit fils de martyrs... Une Église si fervente ne manquerait pas de donner des jeunes avides de se consacrer au Christ Jésus dans une forme de vie encore inédite chez elles : le Carmel. De fait, les vocations s'éveillent puis affluent ( et affluent encore !) Les privations n'arrêtent pas l'élan. Mère Mechtilde s'occupe d'élever la bâtisse. Modeste monastère car les fonds manquent... Les soeurs s'y installent en 1941.
Soeur Marie Madeleine, (partie en Corée malvoyante et devenue ensuite, assez rapidement, aveugle) institutrice dans l'âme, apprend le français aux jeunes pour qu'elles puissent avoir accès aux livres spirituels et de son coté, elle apprend le coréen et commence le grand labeur de la traduction des écrits des Saints du Carmel et autres ouvrages essentiels.
Soeur Bernadette s'initie aux arcanes de la cuisine coréenne et tente de tirer du jardin et du poulailler tout ce qui pourrait rendre quelques couleurs aux visages de ses soeurs.
Soeur Marie Henriette et Soeur Thérèse de Virton s'ingénient à faire tout le reste ! Très vite, Soeur Thérèse sera malade et - ce fut sa grande souffrance - devra rester au repos pendant plusieurs années. Puis, peu à peu, la santé revient. Elle est élue prieure en 1949.
Soudain, le 25 juin 1950, l'orage éclate sur le Pays du Matin Calme : les communistes du Nord traversent le 38ème parallèle et déferlent en quelques heures sur Séoul puis envahissent la Corée du sud. Le bruit de la canonnade se rapproche d'heure en heure. Séoul n'est qu'à une quarantaine de kilomètres de la frontière avec le Nord. Le 27 au matin, l'on propose à nos soeurs de les rapatrier : - " Le dernier avion pour Tokyo va partir, voulez-vous en profiter ? N'emportez aucun paquet, vous avez 10 minutes pour vous préparer". - La prieure demanda : "L'avion prendra-t-il aussi nos soeurs coréennes ?" - " Non, les européennes seulement." "Si le départ en bloc avait été possible, sans doute serions-nous parties" écrira plus tard Soeur Marie Madeleine, revenue de l'enfer, "mais ce qui nous arrêta en cette minute difficile, lourde de conséquences, ce fut l'idée de la séparation. Les bergers ne s'enfuient pas quand le troupeau est en danger."
Nos soeurs sont restées et... ce qui devait arriver arriva, le 15 juillet, les 5 soeurs européennes furent emmenées sans pouvoir même prendre le petit sac de vêtements que chacune avait préparé justement pour cette heure que l'on savait plus ou moins imminente.
Elles sont faites prisonnières avec d'autres européens qui n'avaient pas fui non plus, leur devoir. De nombreux missionnaires, mais aussi le personnel des consulats, Monsieur Perruche, le consul de France lui-même, et quelques familles entières avec de jeunes enfants. Tous, seront traînés pendant 33 mois à travers les montagnes de la Corée du Nord dans des conditions effroyables.
- Locaux sordides et exigus empêchant souvent tout repos la nuit, nourriture de misère, hygiène impossible, vermine, déplacements continuels et épuisants par des températures glaciales en hiver (moins 40° ! la Mandchourie n'est pas loin) et étouffante l'été.
32 mois sans pouvoir changer de vêtements... - Interrogatoires continuels, menaces, fausses nouvelles dramatiques pour faire peur ("vos jeunes soeurs sont toutes mortes" ou bien "elles ont apostasié"), les séances quotidiennes d'endoctrinement ...
- puis, bien vite, les conséquences de la dénutrition et du froid : béribéri, dysenterie, broncho-pneumonie, tuberculose, abcès...
- et surtout ce terrible épisode du premier hiver, la "Marche à la mort" : 250 km à marche forcée dans les montagnes sous
la neige, fusils continuellement braqués sur les plus fatigués, aux cris de "vite, vite, vite !", les mourants étant achevés au bord du chemin et les autres devant porter les cadavres sur le dos, sous peine d'être eux-mêmes fusillés.
Des morts, il y en eut beaucoup à partir de ce moment là. Des centaines de jeunes américains, prisonniers de guerre, avaient été ajoutés au groupe, 70 % d'entre eux moururent et pour les civils, 25 % "seulement"... Il y eut cette religieuse de 77 ans (de St Paul de Chartres) qui ne pouvait plus avancer, à la grande douleur de ses compagnons de route; il fallut l'abandonner sur le bord de la route, entre les mains des soldats. "Je ne peux plus avancer, faites de moi ce que vous voulez". On n'a jamais su avec certitude ce qui lui est arrivé mais ce qui est certain, ce sont les coups de fusils que l'on entendait à l'arrière de la colonne.
Les jeunes soldats américains s'écroulaient sur le talus, espérant encore un peu être ramassés par le "camion hôpital"... Le "camion hôpital", les civils, en fin de colonne savaient ce qu'il fallait en penser ! Les missionnaires, les religieuses, passant devant ces jeunes à bout de résistance priaient pour chacun, sachant ce qui allait arriver quelques minutes plus tard... en attendant, pensaient-ils, que ce soit leur tour à eux aussi. De fait ce fut "le tour" de beaucoup. Il y eut encore cette religieuse anglicane trouvée morte au matin sous sa pauvre couverture.
Il y eut encore les 2 Pères des Missions étrangères de Paris frères de sang, âgés de 86 et 84 ans, morts à 24 heures d'intervalle, inséparables jusqu'au bout, l'un était l'aumônier du Carmel. Il y eut le vicaire apostolique de Séoul ( évêque représentant le Vatican) qui, avant d'entrer dans le coma, à l'étape, déclara que la plus grande grâce de sa vie, après sa profession religieuse, était celle de mourir dans un tel dénuement. 
Il y eut Mère Mechtilde et, 10 jours plus tard, Mère Thérèse... Les lieux de repos pour la nuit étaient si petits et l'entassement tel, que l'on trouva à peine la place de les étendre pour leur dernier soupir. La veille de sa mort, à sa compagne qui lui demandait : "avez-vous peur de la mort ?" Mère Mechtilde répondit : "Non, je suis comme un petit enfant qui attend l'appel de son Père... Je ne crois pas que vous sortiez d'ici vivantes, cependant si vous avez le bonheur de retrouver nos enfants, dites leurs combien je les aime, que de tout mon coeur je les bénis". Les enfants ! (les jeunes coréennes laissées le jour de l'arrestation) Questions lancinantes qui ajoutaient aux souffrances : que devenaient-elles ? Les avaient-on molestées ?... La réponse ne serait donnée qu'au retour, en France, 3 ans plus tard !
Même angoisse chez les carmélites d'Aire : personne ne saura rien des captifs, de juillet 1950 à mars 1953. sont-elles mortes ? Sont-elles vivantes et dans quelles conditions ? Pendant ce temps, au quartier général, les officiers communistes s'étonnent, eux mêmes le diront plus tard :"les soeurs (et les missionnaires certainement) ne demandent jamais rien et pourtant l'une d'entre elles est aveugle !" De fait, que Soeur Marie Madeleine, aveugle, ait pu traverser vivante cet enfer, chaussée de semelles de caoutchouc raccommodées avec du fil de fer est un petit miracle. Rivée au bras de Soeur Bernadette (qui lui a sauvé la vie), aidée par Soeur Marie Henriette qui lui sert d'yeux sans cesse, elle reviendra saine et sauve et c'est elle qui écrira le récit qui vient d'être réédité en 2001. Au campement, quand les temps sont un peu plus calmes, elle donne des leçons de Français à une jeune turque musulmane qui la sollicite, puis peu à peu à d'autres enfants. Aux interrogatoires, elle défend si brillamment l'honneur de la France devant ses gardes captivés que sa compagne lui souffle : "taisez-vous, ils vont vous garder comme professeur d'Histoire !".
Soeur Bernadette aussi, fait des exploits : A la bonne saison, quand elle le peut, ( lorsque l'on reste en place au moins quelques jours) elle escalade la montagne à la recherche d'herbes, de baies, de fruits sauvages qui améliorent les menus de misère et surtout les santés. Parfois l'escapade n'est pas sans danger, mais rien ne lui fait peur !. Un soldat américain découvrant les préparations culinaires improvisées s'exclame : "c'est incroyable ce que les Français peuvent inventer pour faire de la bonne cuisine !" Pendant ce temps, Soeur Marie Henriette dont la paisible constance illumine l'âpreté du quotidien, essaie de recoudre les hardes des soldats prisonniers. Pauvres soldats, plus maltraités encore que les civils ; nos soeurs constatant qu'elles ne pouvaient tous les secourir, ont décidé d'en "adopter 4" pour être vraiment utiles au moins à quelques uns... La terrible "Marche à la mort" dura 1 mois. Le chef, surnommé "le tigre" fut changé et la situation s'améliora un peu. Très relativement bien sûr, d'autant plus que la famine sévit dans tout le pays ! Plusieurs fois, ils resteront assez longtemps à l'étape pour s'y installer, arranger les locaux, faire des réserves de bois coupés dans la montagne... Mais les départs sont toujours imprévus, juste quand on vient de tout préparer pour l'hiver ! Enfin, après bien des péripéties et des émotions, la libération arrive. La captivité a duré 32 mois ! Dès l'annonce de la libération les coréens puis les chinois et enfin les russes s'emploient à nourrir les prisonniers au delà du raisonnable pour leur faire bien vite retrouver les kilogrammes perdus et que les apparences - des survivants !- soient sauves. A Moscou, on ira jusqu'à les affubler de costumes religieux fantaisistes, et à les photographier devant de véritables festins pour que les journaux puissent faire de magnifiques articles sur la façon dont le gouvernement de l'URSS soignent les prisonniers. Nos soeurs en rient et sont toutes à la joie de revoir bientôt leur pays... et la liberté, mais aussi toutes à la peine de ne revenir que 3 au lieu de 5. Le retour se fait en train à travers la Chine et l'URSS jusqu'à Moscou. Puis, en avion : Moscou - Berlin, et enfin Berlin-Paris, le 3 mai 1953.
Jour de grandes émotions : - tragiques pour les Pères des Missions Étrangères de Paris : des 14 Pères attendus un seul est là, treize ont succombé. "Il n'est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime" a dit Celui qu'ils servent et qu'ils ont suivi jusqu'au bout.
- inespérées pour nos soeurs : leurs jeunes novices coréennes, remises à la garde de leur aînée, vont bien ; elles se sont réfugiées tout au sud du pays et sont restées fidèles, soutenues par des courriers d'Aire sur Adour. Elles ont même 3 postulantes et une vingtaine d'aspirantes !...
 Le 9 mai, nos 3 rescapées sont reçues solennellement à la mairie d'Aire, puis viennent les retrouvailles avec la communauté quittée en 1939 et 1940 ! Deux soeurs manquent à l'appel. Elles sont restées, là bas, quelque part, en Corée du Nord, près de la frontière avec la Mandchourie, semences enfouies en cette terre d'Asie pour les moissons futures... Mais mission reçue ne s'abandonne pas ! Quelques mois pour se reposer, retrouver un minimum de santé et l'on repart! En novembre de cette même année 1953, Soeur Marie Henriette et Soeur Marie Madeleine repartent pour Séoul. Les jeunes, là-bas, sont impatientes de retrouver les rescapées et de reprendre le cours normal de leur vie religieuse. Soeur Bernadette, avec déchirement, devra rester à Aire, la communauté ayant besoin d'elle.
La soir des retrouvailles au Carmel de Séoul est indescriptible, mais toujours voilée par la mort de Mère Mechtilde et de Mère Thérèse. Toute la première nuit se passera à évoquer leur souvenir. 
Très vite la vie reprend son cours.
Pendant la guerre la jeune communauté s'était réfugiée à Pusan, tout au sud de la Corée. Maintenant elles sont revenues dans leur petit monastère de Séoul qu'elles ont retrouvé entièrement pillé mais debout. Mais à Pusan, on les regrette, on les réclame, des jeunes désirent là bas aussi, devenir carmélites. Dès l'année suivante on prépare la nouvelle fondation. Mère Marie Henriette est élue prieure à Séoul en 1954. Soeur Marie Madeleine est Maîtresse des novices, le travail ne lui manque pas car les jeunes sont nombreuses. De plus elle reprend ses traductions, ce sera son travail quotidien jusqu'à la fin de sa vie. Comme elle est aveugle une "secrétaire" choisie parmi les jeunes tape à la machine ce que Mère Marie Madeleine lui dicte. Peu à peu le travail avance et elles en viendront à bout. Soeur Marie Madeleine était née en 1895 à Marmande, elle est entrée au Carmel d'Aire sur Adour en 1925. Elle mourra à Séoul, en ce pays devenu le sien, le 5 décembre 1979. Elle avait 84 ans. 
Mère Marie Henriette naquit à Bayonne en 1897. Elle est entrée au Carmel d'Aire sur Adour en 1920. Elle meurt, à Séoul en Septembre 1982. Mère Thérèse du Carmel de Virton en Belgique est née en 1901 et meurt pendant la "Marche à la mort" en 1950 quelque part en Corée du Nord. Mère Mechtilde est née en Belgique en 1889. Elle entre au Carmel d'Ypres en 1906 et se replie sur le sud de la France en 1914 puis entre à Aire sur Adour en 1917. Elle meurt, pendant la "Marche à la mort" en 1950. Soeur Bernadette naquit en 1905 à Pey, dans les Landes. Elle entre au Carmel d'Aire sur Adour en 1936. Elle est novice quand elle part en Corée avec ses compagnes. Après le retour de la captivité restée au Carmel d'Aire, elle y mourût en 1996, très affectée par l'enlèvement des 7 moines de Tibhirine qui lui faisait revivre les affres connues dans les montagnes de la Corée du Nord.

Le Carmel de Séoul est devenu florissant et l'est encore.
Les fondations se sont ensuite multipliées : Fondation du Carmel de Séoul en 1939 | Séoul fonde le Carmel de Pusan en 1955 | Séoul fonde le Carmel de Tae-Jeon en 1975
| Séoul fonde le Carmel de Cheon-Jin-Am en 1980 | Pusan fonde le Carmel de Kosông en 1984
| Tae-Jeon fonde le Carmel de Choung-Ju en 1987 | Séoul fonde le carmel au Cambodge en 2005 et un autre carmel à Séoul, à l'autre bout de la ville en 2006 |
Il y a aussi le Carmel de Taegu fondé par l'Autriche après la guerre de Corée. Il vient, lui aussi de fonder un autre monastère. 
Cela fait donc, actuellement, 8 monastères de Carmélites et 7 couvents de Carmes en Corée du Sud. En Corée du Nord, il y a quelque part, au bord d'un chemin, dans la montagne, 2 carmélites ensevelies là, pas de tombes, sans doute même plus aucun repère pour les retrouver mais qu'importe ! Elles portent beaucoup de fruits...

Les actions d'éclat ne sont que l'émergence d'un courant souterrain, celui de l'obscure fidélité de chacune au quotidien le plus simple et le plus ordinaire. Mais l'ordinaire n'est plus ordinaire si il est vécu par amour, pour l'Amour. Il devient alors lui-même extraordinaire mais... de façon cachée et invisible ! Le Carmel c'est cette vie cachée et qui ne fait pas de bruit mais dont la fécondité dépasse ce que nous pouvons imaginer. Tout ceci "de nuit" comme dit Saint Jean de la Croix, et seule la foi nous le fait pressentir.
Le défi est de vivre minute après minute toute une vie, courte ou... longue, dans cet acte de foi. Non, ce n'est pas un défi, mais une réponse à un Appel ! Et cet Appel porte avec lui la force et la lumière pour lui répondre, mais là aussi "c'est de nuit", c'est à dire sans jamais en voir , et encore moins en mesurer le bénéfice, le résultat ou la réussite.
Si, pourtant, parfois le Seigneur le permet...
Cette épopée de la fondation du Carmel en terre coréenne nous donne - dans la foi, il est vrai, (car Dieu n'impose jamais la lumière, Il la propose) d'en apercevoir quelque chose. Comment le calvaire de cette captivité puis la mort obscure, ignorée et combien démunie de tout, des deux prieures de la jeune fondation, sont au fondement d'un développement humainement incroyable du Carmel Coréen.

Comme le grain semé en terre porte un jour du fruit, comme la Croix sur le Golgotha débouche trois jours plus tard sur la Résurrection au matin de Pâques... Mais bien sûr, ceci peut être lu autrement, Dieu laisse libre l'intelligence de l'homme, il ne peut s'imposer ce ne serait plus la foi, ce ne serait plus l'Amour.
l'Amour, par définition, demande un acquiescement libre, volontaire, fait de confiance et de don. Le contraire de la contrainte ou d'une évidence qui s'impose selon l'expression courante justement.. L'amour n'exige qu'une chose : la liberté ! La liberté n'est faite que pour une seule chose : l'Amour. Revenons maintenant à notre vie "ordinaire" et cachée, vous et nous, et essayons d'y investir totalement notre liberté pour en faire ce que nous voulons, c'est à dire : une réponse d'amour à un Amour.
(les images vont venir peu à peu...) |